Avant la photographie, il y avait déjà l'image.
Cinéma, lumière, cadrage, décors, personnages… Des influences qui n'ont jamais vraiment quitté ma manière de regarder et de photographier.
Du cinéma à la photographie
Avant la photographie, il y avait déjà l’image.
J’ai étudié l’audiovisuel avec un BTS orienté vers l’image, puis réalisé plusieurs courts-métrages. Pendant un temps, j’ai aussi créé La Minute Culture, un format très court où je parlais de cinéma, de mise en scène et de technique avec une idée simple : donner envie de découvrir une œuvre en une minute.
Avec le recul, je crois que cette période n’a jamais vraiment disparu de ma façon de photographier.
Quand je prends une photo aujourd’hui, je ne cherche pas seulement un beau cadre. Je regarde une lumière, un personnage dans un décor, une direction de regard, ce qui se passe hors champ.
Parfois même, j’attends simplement ce petit instant où une image commence à donner l’impression qu’il s’est passé quelque chose juste avant… ou qu’il va se passer quelque chose juste après.
C’est probablement là que le cinéma et la photographie se rejoignent le plus dans mon travail : dans l’envie de raconter.
Une expression, une lumière, un regard hors champ.
Avant l’image fixe,
il y avait le mouvement.
Mes premières histoires ne tenaient pas dans une seule photographie. Elles avaient une durée, des personnages, des sons, un montage. J’ai réalisé plusieurs courts-métrages et expérimenté différentes façons de raconter avec une caméra.
Ce sont des projets plus anciens, forcément différents de ce que je crée aujourd’hui, mais j’y retrouve déjà certaines choses : une attention portée à l’atmosphère, à la lumière et surtout à ce qu’une image peut faire ressentir.
Raconter avec une caméra
Mise en scène, cadre, rythme, lumière : les premières expérimentations autour de l’image en mouvement.
Construire une atmosphère
Déjà cette envie de ne pas seulement montrer une scène, mais de lui donner une ambiance et une intention.
Parler de cinéma,
en une minute.
Il y a aussi eu La Minute Culture. Un format face caméra avec une contrainte très simple : parler d’une œuvre en une minute, aller à l’essentiel, évoquer ses fondamentaux et sa technique, et surtout donner envie de la découvrir.
Une autre façon d’explorer le cinéma et de comprendre ce qui fait qu’une scène, un cadre ou une mise en scène reste en mémoire.
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Puis l’appareil photo a remplacé la caméra.
Certains réflexes, eux, sont restés.
Raconter en une seule image.
Une photographie ne montre qu’un instant. Mais cet instant peut laisser imaginer tout le reste.
C’est probablement ce que j’aime le plus dans certaines images : lorsqu’elles donnent l’impression d’avoir été extraites d’une scène plus grande qu’elles.
On ne sait pas forcément ce qui vient de se passer. On ne sait pas toujours ce que regarde le personnage, où il va ou ce qui l’attend hors du cadre.
Et justement, l’image n’a pas besoin de tout expliquer. Elle peut simplement donner suffisamment d’indices pour laisser notre imagination faire le reste.
Je préfère parfois une image qui pose une question à une image qui donne toutes les réponses.
Une posture ou une direction de regard peut suffire à faire exister quelque chose en dehors du cadre.
Le lieu n’est plus seulement un arrière-plan. Il devient une partie de l’histoire.
Penser comme si le film continuait hors du cadre.
Cette manière de photographier influence beaucoup ma composition. Je peux volontairement laisser de l’espace devant un personnage, l’éloigner dans le décor, photographier quelqu’un de dos ou laisser son regard sortir complètement de l’image.
Le sujet n’a alors pas besoin d’être systématiquement au centre. Ce qui l’entoure, ce qu’il regarde et même ce que l’on ne voit pas participent aussi à la photographie.
Penser en plans.
Une seule photographie peut raconter.
Plusieurs images peuvent commencer à faire une scène.
Au cinéma, tous les plans n'ont pas la même fonction. Certains installent un lieu, d'autres rapprochent le spectateur d'un personnage, d'une émotion ou d'un détail.
Je retrouve naturellement cette logique lorsque je photographie une séance ou lorsque je construis une série. Je ne cherche pas seulement plusieurs belles images : j'aime qu'elles puissent dialoguer entre elles.
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Plan large
D'abord, le décor.
Le plan large donne une géographie à l'histoire. Il montre où nous sommes, laisse respirer le paysage et replace le personnage dans quelque chose de plus grand que lui.
Puis, le personnage.
Le décor reste présent, mais notre attention change. Une posture, un mouvement ou une interaction commence à prendre davantage de place dans l'image.
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Plan moyen
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L'émotion.
En se rapprochant encore, le décor disparaît presque. Un regard, une expression ou une lumière sur un visage peut alors porter toute l'image.
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L'indice.
Une main, un vêtement, un objet, une matière. Le détail paraît parfois secondaire lorsqu'on le photographie, mais il peut devenir essentiel lorsqu'il prend place dans une série.
Large. Moyen. Proche. Détail.
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Ce n'est évidemment pas une règle à appliquer mécaniquement. Une séance photo reste vivante, spontanée et imprévisible.
Mais au moment de photographier puis de sélectionner les images, cette façon de penser m'aide à construire un ensemble : une respiration, un rythme et une progression.
Je ne me demande plus seulement :
« Est-ce une belle photographie ? »
Mais aussi : quelle place peut-elle prendre dans l'histoire ?
Le paysage comme décor.
Pendant longtemps, j'ai photographié les lieux sans forcément y placer quelqu'un.
Le paysage occupe une place importante dans ma photographie. Chercher un point de vue, attendre une lumière, observer comment les lignes d'un lieu organisent une image : ce sont des réflexes que j'ai développés bien avant de photographier davantage de portraits et de séances.
Aujourd'hui, cette expérience me sert autrement. Lorsque je photographie une personne, je ne cherche pas simplement un joli arrière-plan. J'aime comprendre comment elle peut réellement prendre place dans le décor.
Le lieu
Une lumière, une ligne, une profondeur, une météo. Avant même qu'un personnage entre dans le cadre, le décor possède déjà sa propre atmosphère.
Puis parfois, quelqu'un entre dans le cadre.
Le paysage ne disparaît pas. Il change de rôle.
La présence humaine donne immédiatement une autre lecture au lieu. Une plage n'est plus seulement une plage. Une rue n'est plus seulement une architecture. Une falaise, un sentier ou un ciel immense peuvent devenir le décor d'un moment.
J'aime particulièrement lorsque le personnage reste relativement petit dans l'image. Le paysage conserve alors toute son importance, mais notre regard trouve un point auquel se raccrocher.
C'est souvent à cet endroit que mes deux façons de photographier se rejoignent : le paysage construit le monde, la présence humaine commence à raconter l'histoire.
L'humain donne une mesure au paysage.
Une silhouette suffit parfois à changer toute l'image.
Le lieu devient alors une partie du récit.
Je n'ai pas arrêté de photographier des paysages pour photographier des personnes. J'ai simplement commencé à les faire entrer dedans.
Un lieu n'est jamais juste un fond.
C'est aussi pour cette raison que le choix du lieu compte autant dans mes séances. Je préfère souvent chercher un environnement qui possède déjà une identité, puis laisser les personnes évoluer à l'intérieur plutôt que de multiplier les poses.
À Saint-Malo, Dinan, Cancale ou ailleurs en Bretagne, la côte, les rues, les pierres, la Rance ou simplement une lumière particulière peuvent devenir une partie entière de la photographie.
La lumière crée l’atmosphère.
Une photographie peut être cinématographique sans être sombre.
On associe souvent l’esthétique cinématographique aux ombres profondes, au grain, aux couleurs désaturées ou aux scènes nocturnes. Pourtant, ce n’est pas ce qui fait réellement une image.
Ce qui m’intéresse davantage, c’est la manière dont la lumière change la sensation d’une scène. Une même personne, un même lieu ou un même geste peuvent raconter quelque chose de complètement différent selon le moment de la journée.
01
La lumière révèle ce qu’on choisit de montrer.
Dans une scène sombre, une source très simple peut suffire. Une lampe, une fenêtre, une lumière de rue ou un éclat sur un visage attire immédiatement le regard et laisse tout le reste dans l’ombre.
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Parfois, la lumière suffit.
Au lever du soleil, l’intention est complètement différente. La lumière enveloppe davantage les personnes, adoucit les contrastes et donne aux images quelque chose de plus calme et intime.
Le cinéma n’est pas une couleur. C’est une intention.
Apaiser
Une lumière diffuse ou légèrement voilée permet de créer des images plus naturelles, plus tendres et moins contrastées.
Affirmer
Une lumière plus dure dessine davantage les volumes, crée des ombres fortes et donne immédiatement plus de caractère.
Isoler
La nuit, une petite source peut devenir l’élément principal de la composition et créer une atmosphère beaucoup plus mystérieuse.
Chercher une sensation avant de chercher un rendu.
Je ne cherche donc pas à appliquer la même lumière ou la même ambiance à toutes mes photographies. Une séance grossesse au lever du soleil, un portrait nocturne ou une série plus construite n’ont pas besoin de se ressembler.
En revanche, dans chaque situation, j’essaie de me demander ce que la lumière peut apporter à l’histoire : de la douceur, du mystère, de la tension, de la chaleur ou simplement une impression de calme.
Retoucher sans effacer l'instant.
La retouche ne crée pas l'atmosphère. Elle peut la prolonger.
Une grande partie de l'image existe déjà au moment de la prise de vue : la lumière, le décor, les couleurs présentes sur place, une météo, une expression ou simplement l'heure choisie pour photographier.
La retouche intervient ensuite pour accompagner cette sensation. Je peux travailler les contrastes, calmer certaines couleurs, en réchauffer d'autres ou donner un peu plus de profondeur aux ombres, mais toujours avec la même idée : conserver ce qui m'a donné envie de déclencher.
La couleur n'a pas besoin de prendre toute la place. Elle doit simplement participer à ce que l'image raconte.
Donner de la profondeur.
Les ombres et les hautes lumières permettent de guider le regard. Je préfère généralement conserver de la matière et éviter qu'un traitement prenne le dessus sur la photographie elle-même.
Trouver un équilibre.
Chaud, froid, saturé ou beaucoup plus discret : je ne cherche pas une recette identique pour chaque série. Les couleurs doivent rester cohérentes avec la lumière et l'émotion du moment.
Garder quelque chose de vivant.
Une image n'a pas toujours besoin d'être parfaitement lisse. Selon la série, un peu de grain, une ombre profonde ou une lumière imparfaite peuvent aussi participer à son caractère.
La retouche doit prolonger l'atmosphère de l'image, pas devenir le sujet de l'image.
Une lumière douce, des couleurs qui respirent.
Moins de lumière, davantage de mystère.
Des images différentes. Un même regard.
C'est aussi ce qui me plaît dans la photographie : je peux passer d'une séance très lumineuse à une scène nocturne, d'un paysage presque vide à un portrait beaucoup plus intime, sans chercher à leur appliquer exactement le même traitement.
La cohérence vient moins d'un réglage précis que d'une manière de regarder : ce que je choisis de montrer, ce que je laisse dans l'ombre et la sensation que j'ai envie de conserver.
Une série comme un montage.
Une photographie arrête le temps. Une série peut lui redonner un rythme.
Lorsque je sélectionne les images d'une séance ou d'un projet, je ne cherche pas uniquement les photographies les plus fortes individuellement. Je regarde aussi la manière dont elles peuvent fonctionner ensemble.
Une image peut installer le lieu. Une autre rapproche des personnages. Un détail vient interrompre le rythme, puis un plan plus large permet de respirer avant de terminer sur une dernière photographie.
Cette logique me rappelle forcément le montage au cinéma : l'ordre des images influence directement la manière dont une histoire est ressentie.
Ouvrir
Installer
Rapprocher
Détail
Respirer
Conclure
Une image forte ne suffit pas toujours. Il faut aussi savoir où la placer.
Le plan d'ouverture
Il doit donner envie d'entrer dans la série. Il pose une ambiance sans nécessairement tout révéler.
La progression
Les plans larges, moyens et rapprochés permettent progressivement de rapprocher le spectateur des personnes.
La respiration
Une photographie plus calme ou plus simple évite que chaque image cherche constamment à être spectaculaire.
La dernière image
J'aime terminer avec une photographie qui laisse une sensation plutôt qu'une véritable conclusion.
Le choix des photographies raconte une histoire. Leur ordre lui donne un rythme.
Et parfois, la musique entre dans le montage.
Lorsque je partage certaines séries sur Instagram, la narration ne s'arrête pas forcément aux photographies. La musique peut devenir une dernière pièce du récit : elle donne un rythme différent aux images et prolonge l'atmosphère que j'ai voulu créer.
Là encore, elle n'est pas là pour transformer les photographies, mais simplement pour accompagner ce qu'elles racontaient déjà.
Photographier. Choisir. Ordonner.
C'est aussi pour cette raison qu'une galerie complète ou une série me plaît souvent davantage qu'une photographie isolée. Chaque image peut apporter une information différente, changer le rythme ou simplement laisser quelques secondes de silence entre deux moments plus forts.
Finalement, le montage commence peut-être déjà au moment où j'appuie sur le déclencheur : en cherchant non seulement une photographie, mais aussi celle qui pourrait venir avant et celle qui pourrait venir après.
Cinématographique ne veut pas dire mise en scène.
Il n'est pas nécessaire de jouer un rôle pour raconter quelque chose.
Certaines séries sont volontairement construites autour d'un univers précis. Les vêtements, le lieu, les attitudes et parfois même les accessoires participent alors pleinement à la création d'une histoire.
Mais ce n'est qu'une façon de travailler parmi d'autres. Dans une séance couple, grossesse, famille ou pendant un mariage, je cherche au contraire à laisser davantage de place à ce qui se passe naturellement.
Le langage visuel peut rester le même : observer la lumière, choisir le cadre, varier les plans et anticiper les petits moments. Ce qui change, c'est que l'histoire existe déjà devant moi.
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Parfois, on invente l'histoire.
Un lieu, une tenue, une époque ou une référence peuvent servir de point de départ. La séance devient alors presque un petit tournage, dans lequel chaque élément participe à l'univers.
02
Et parfois, elle est déjà là.
Un regard, une main qui se pose, quelqu'un qui marche, un rire entre deux photographies : il suffit parfois de ne pas interrompre ce qui est en train de se passer.
Mon rôle n'est pas toujours de créer la scène. Parfois, il suffit de la voir.
Ne pas poser. Faire quelque chose.
Plutôt que de chercher une succession de poses, je préfère souvent proposer un mouvement ou simplement laisser quelques secondes se dérouler devant moi.
Marcher
Regarder
Interagir
Oublier l'appareil
Vous n'avez pas besoin de savoir poser.
C'est probablement l'une des choses les plus importantes dans ma manière d'aborder une séance. Je n'attends pas des personnes que je photographie qu'elles sachent quoi faire devant un appareil.
Je peux donner une direction lorsque c'est nécessaire, déplacer légèrement quelqu'un pour profiter d'une lumière ou proposer une action très simple. Puis j'essaie surtout de laisser suffisamment d'espace pour que quelque chose de vrai puisse arriver.
Couple. Grossesse. Famille. Mariage.
Photographier l'attente, les gestes et la relation plutôt que simplement le ventre.
Laisser les interactions prendre progressivement la place des poses.
Observer ce qui se passe entre les personnes et conserver les petits moments entre les grands.
Raconter sans transformer.
C'est finalement là que le cinéma influence peut-être le plus ma photographie : pas dans l'envie de transformer chaque séance en tournage, mais dans celle de regarder ce qui se passe comme si chaque instant pouvait devenir une scène.
Certaines seront spectaculaires. D'autres presque silencieuses. Mais elles peuvent appartenir à la même histoire.
Ce que je cherche dans mes images.
Aujourd'hui, je ne cherche pas forcément à faire des photographies qui ressemblent à un film. Je cherche surtout des images qui donnent envie d'imaginer quelque chose.
Une image qui laisse suffisamment d'espace pour que l'on puisse y projeter sa propre histoire.
Un personnage qui appartient réellement au décor.
Un instant simple qui n'a pas besoin d'être expliqué.
Une belle image attire le regard. Une image qui raconte quelque chose reste un peu plus longtemps.
Finalement, tout se rejoint.
Pendant longtemps, le cinéma, la photographie de paysage et le portrait ont occupé des places différentes dans ma manière de créer.
Aujourd'hui, j'ai plutôt l'impression qu'ils commencent simplement à se rencontrer : le cinéma dans ma façon de penser une scène, le paysage dans mon attention au décor, et la photographie humaine dans les histoires que j'ai envie de conserver.
Je ne sais pas exactement où cette recherche me mènera, et c'est probablement ce qui me plaît le plus.
D'autres lieux. D'autres histoires.
Si cette manière d'aborder la photographie vous parle, j'explore aussi ces idées à travers les lieux où je photographie régulièrement en Bretagne.
Une séance photo cinématographique à Dinan
Ruelles, pierres, Rance et atmosphères : découvrir comment Dinan peut devenir le décor d'une séance.
Une séance grossesse au bord de la mer
Une approche plus douce et naturelle, photographiée dans les premières lumières de la journée.
Photographier une histoire à Saint-Malo
La plage, les remparts et les grandes étendues comme décor d'une séance à deux.
Pas besoin de savoir poser. Venez simplement avec votre histoire.
Couple, grossesse, famille ou simplement l'envie de créer des images qui vous ressemblent. Nous choisissons un lieu, une lumière, une atmosphère — puis nous laissons le reste se passer.
Loïc Morette · Photographe en Bretagne